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avril 26, 2026
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mai 17, 2026Depuis des semaines, quelque chose de profondément inquiétant est en train de se banaliser en Tunisie.
Une parole violente. Une parole qui désigne. Qui accuse. Qui réduit des êtres humains à une menace collective à cause de leur couleur de peau ou de leur origine. Et plus grave encore : toute personne qui ose dénoncer cette haine devient immédiatement suspecte.
Un artiste chante l’humanité, la fraternité entre les peuples? On l’accuse aussitôt de « trahir son peuple », de défendre des étrangers contre les siens, comme si appeler à la dignité humaine était devenu une faute. Un universitaire rappelle que le racisme n’est pas une opinion mais une violence ? On lui répond qu’il est « déconnecté », « naïf » ou complice d’un prétendu projet de remplacement. Un journaliste, un avocat, un militant ou un responsable politique alerte sur les violences, les agressions ou les humiliations subies par des migrants subsahariens ? On l’accuse immédiatement de participer à une prétendue destruction du pays.
Et pendant ce temps, chaque fait divers impliquant un migrant subsaharien est transformé en preuve générale contre toute une population. Une altercation filmée, un vol, une agression, une vidéo isolée : tout devient prétexte à fabriquer une image monstrueuse de milliers d’êtres humains.
Pourtant, lorsque des Tunisiens commettent des délits en Europe, nous refusons, d’ailleurs à juste titre, qu’on dise : « les Tunisiens sont des criminels ». Nous demandons qu’on distingue les actes individuels d’un peuple entier. Pourquoi cette nuance disparaît-elle lorsqu’il s’agit de migrants africains subsahariens ?
Et entre temps, ce sont ces mêmes Tunsiens, leurs enfants ou leurs frères et sœurs qui traversent la Méditerranée au péril de leur vie pour chercher du travail ou une existence plus digne ailleurs. Beaucoup racontent ensuite le racisme, l’humiliation et l’exploitation qu’ils subissent. Ce sont aussi des Tunisiens et aussi des réseaux de trafiquants d’hommes qui exploitent des travailleurs subsahariens dans des restaurants, des chantiers, des stations de lavage ou des exploitations agricoles. On les sous-paie. On profite de leur peur et de leur absence de papiers. Puis on les transforme ensuite en boucs émissaires.
Et au milieu de tout cela, un silence inquiétant persiste. Un silence officiel qui laisse les rumeurs remplacer les faits, les fantasmes remplacer les politiques publiques et la haine remplacer le débat.
Oui, les questions migratoires sont complexes. Oui, un pays peut débattre de ses politiques migratoires, de ses capacités économiques et sociales. Mais rien ne justifie qu’on retire à des êtres humains leur dignité. Parce que, faut-il le rappeler, derrière les mots « migrants subsahariens », il y a des visages, des étudiants, des ouvriers, des femmes, des enfants, des êtres humains qui espèrent simplement vivre. Et il faut se rappeler enfin que jusqu’à preuve du contraire, l’Afrique n’est pas un monde extérieur à nous. C’est notre continent, notre histoire et une part de notre identité.
Une parole violente. Une parole qui désigne. Qui accuse. Qui réduit des êtres humains à une menace collective à cause de leur couleur de peau ou de leur origine. Et plus grave encore : toute personne qui ose dénoncer cette haine devient immédiatement suspecte.
Un artiste chante l’humanité, la fraternité entre les peuples? On l’accuse aussitôt de « trahir son peuple », de défendre des étrangers contre les siens, comme si appeler à la dignité humaine était devenu une faute. Un universitaire rappelle que le racisme n’est pas une opinion mais une violence ? On lui répond qu’il est « déconnecté », « naïf » ou complice d’un prétendu projet de remplacement. Un journaliste, un avocat, un militant ou un responsable politique alerte sur les violences, les agressions ou les humiliations subies par des migrants subsahariens ? On l’accuse immédiatement de participer à une prétendue destruction du pays.
Et pendant ce temps, chaque fait divers impliquant un migrant subsaharien est transformé en preuve générale contre toute une population. Une altercation filmée, un vol, une agression, une vidéo isolée : tout devient prétexte à fabriquer une image monstrueuse de milliers d’êtres humains.
Pourtant, lorsque des Tunisiens commettent des délits en Europe, nous refusons, d’ailleurs à juste titre, qu’on dise : « les Tunisiens sont des criminels ». Nous demandons qu’on distingue les actes individuels d’un peuple entier. Pourquoi cette nuance disparaît-elle lorsqu’il s’agit de migrants africains subsahariens ?
Et entre temps, ce sont ces mêmes Tunsiens, leurs enfants ou leurs frères et sœurs qui traversent la Méditerranée au péril de leur vie pour chercher du travail ou une existence plus digne ailleurs. Beaucoup racontent ensuite le racisme, l’humiliation et l’exploitation qu’ils subissent. Ce sont aussi des Tunisiens et aussi des réseaux de trafiquants d’hommes qui exploitent des travailleurs subsahariens dans des restaurants, des chantiers, des stations de lavage ou des exploitations agricoles. On les sous-paie. On profite de leur peur et de leur absence de papiers. Puis on les transforme ensuite en boucs émissaires.
Et au milieu de tout cela, un silence inquiétant persiste. Un silence officiel qui laisse les rumeurs remplacer les faits, les fantasmes remplacer les politiques publiques et la haine remplacer le débat.
Oui, les questions migratoires sont complexes. Oui, un pays peut débattre de ses politiques migratoires, de ses capacités économiques et sociales. Mais rien ne justifie qu’on retire à des êtres humains leur dignité. Parce que, faut-il le rappeler, derrière les mots « migrants subsahariens », il y a des visages, des étudiants, des ouvriers, des femmes, des enfants, des êtres humains qui espèrent simplement vivre. Et il faut se rappeler enfin que jusqu’à preuve du contraire, l’Afrique n’est pas un monde extérieur à nous. C’est notre continent, notre histoire et une part de notre identité.



